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Album: Si j'étais elle. 2000

Page réalisée par Gérard avec la participation de Muriel. Fond en carton, lettres en bois, Coins et bateau pyrogravés sur du bois par Muriel. 

Photos des phares du Finistère.

- Le phare de Nividic

- Le phare de Kéréon

- Le phare de la Vieille

- Le phare du Four

 

-

 

 

Fond en carton, photo de Jean de La Ville de Mirmont, plaque en bois pyrogravée par Muriel, photo de l'album "si j'étais elle", vagues en carton marron et lettres découpées de 2 millimètres en adhésif et collées une par une.

                                                            Les 2 pages

-

Gros plan sur la pyrogravure de Muriel.

 

 

 

Les paroles de la chanson de Julien Clerc sont extraites du poème l'Horizon Chimérique de Jean de La Ville de Mirmont, qui était un poète et homme de lettres français.

Il naquit  à Bordeaux le 2 décembre 1886. À 22 ans, Jean s'installa à Paris où il retrouva son ami d'enfance François Mauriac. Il occupa un emploi de fonctionnaire à la préfecture de la Seine où il était chargé de l'assistance aux vieillards. En Septembre 1914, il fut mobilisé avec le grade de sergent au 57e régiment d'infanterie. Il mourut 2 mois plus tard, à 27 ans enseveli par un obus qui lui brisa la nuque  le 28 novembre, sur le Chemin des Dames à Verneuil en Champagne. Sa dépouille fut rapatriée 6 ans plus tard et repose depuis au cimetière  protestant de la rue Judaïque à Bordeaux.

 

                        Ses derniers vers retrouvés juste après sa mort sur sa table…

 

Cette fois, mon cœur, c’est le grand voyage.

Nous ne savons pas si nous reviendrons

Serons-nous plus fiers, plus fous ou plus sages

Qu’importe, mon cœur, puisque nous partons.

 

 

 

Ses œuvres sont entre autres :

-LES DIMANCHES DE JEAN DEZERT en 1914, roman inspiré en partie par sa carrière de fonctionnaire. Le seul livre publié de son vivant.

-L’HORIZON CHIMERIQUE en 1920 recueil de poèmes posthume, qui a été mis en musique par Gabriel Fauré en  1922 et  plus récemment par Julien Clerc (sur l'album Si j'étais elle en 2000).

Car, si la myopie emplit ses beaux yeux noirs de rêves, elle brisera cependant le plus cher : devenir marin ce qui explique son poème

 

 

                                                

              J’ai voulu vous faire découvrir le texte de ce poème en entier.

 

Un très grand merci à Eric, mon beau-frère, qui a accepté de prêter sa voix pour cet exercice très difficile. Les 14 chapitres ont été enregistrés séparément et montés après.

 

 Ce très beau poème reflète bien la solitude de cet homme. Bonne écoute pour ceux, nombreux  j’espère, qui auront la patience de l’écouter jusqu’au bout (12 minutes) 

                               

 

 

                                  Texte intégral de l'Horizon Chimérique.                                         

 

 

                                                                  I

 

Je suis né dans un port et depuis mon enfance
J’ai vu passer par là des pays bien divers.
Attentif à la brise et toujours en partance,
Mon cœur n’a jamais pris le chemin de la mer.

Je connais tous les noms des agrès et des mâts,
La nostalgie et les jurons des capitaines,
Le tonnage et le fret des vaisseaux qui reviennent
Et le sort des vaisseaux qui ne reviendront pas.

Je présume le temps qu’il fera dès l’aurore,
La vitesse du vent et l’orage certain,
Car mon âme est un peu celle des sémaphores,
Des balises, leurs sœurs, et des phares éteints.

Les ports ont un parfum dangereux pour les hommes
Et si mon cœur est faible et las devant l’effort,
S’il préfère dormir dans de lointains arômes,
Mon Dieu, vous le vouliez, je suis né dans un port.

 

II

 
Par l’appel souriant de sa claire étendue
Et les feux agités de ses miroirs dansants
La mer, magicienne éblouissante et nue.
Éveille aux grands espoirs les cœurs adolescents.

Pour tenter de la fuir leur effort est stérile ;
Les moins aventureux deviennent ses amants,
Et, dès lors, un regret éternel les exile.
Car l’on ne guérit point de ses embrassements.

C’est elle, la première, en ouvrant sa ceinture
D’écume, qui m’offrit son amour dangereux
Dont mon âme a gardé pour toujours la brûlure
Et dont j’ai conservé le reflet dans mes yeux.

 

 III

 

Quel caprice insensé de tes désirs nomades,
Mon cœur, ô toi mon cœur qui devrais être las,
Te fait encore ouvrir la voile au vent des rades
Où ton plus fol amour naguère appareilla ?

Tu sais bien qu’au lointain des mers aventureuses
Il n’est point de pays qui vaille ton essor,
Et que l’horizon morne où la vague se creuse
N’a d’autres pèlerins que les oiseaux du Nord.

Tu ne trouverais plus à la fin de ta course
L’île vierge à laquelle aspirent tes ennuis.
Des pirates en ont empoisonné les sources.
Incendié les bois et dévoré les fruits.

Voyageur, voyageur, abandonne aux orages
Ceux qui n’ont pas connu l’amertume des eaux.
Sache borner ton rêve à suivre du rivage
L’éphémère sillon que tracent les vaisseaux

 

 IV

 

 Le ciel incandescent d’un million d’étoiles
Palpite sur mon front d’enfant extasié.
Le feu glacé des nuits s’infuse dans mes moelles
Et je me sens grandir comme un divin brasier.

Les parfums de juillet brûlent dans le silence
D’une trop vaste et trop puissante volupté.
Vers l’azur ébloui, comme un oiseau, s’élance,
En des battements fous, mon cœur ivre d’été.

Que m’importe, à présent, que la terre soit ronde
Et que l’homme y demeure à jamais sans espoir ?
Oui, j’ai compris pourquoi l’on a créé le monde ;
C’était pour mon plaisir exubérant d’un soir !

 

 V

 

 Vaisseaux, nous vous aurons aimés en pure perte ;
Le dernier de vous tous est parti sur la mer.
Le couchant emporta tant de voiles ouvertes
Que ce port et mon cœur sont à jamais déserts.

La mer vous a rendus à votre destinée,
Au-delà du rivage où s’arrêtent nos pas.
Nous ne pouvions garder vos âmes enchaînées ;
Il vous faut des lointains que je ne connais pas.

Je suis de ceux dont les désirs sont sur la terre.
Le souffle qui vous grise emplit mon cœur d’effroi,
Mais votre appel, au fond des soirs, me désespère,
Car j’ai de grands départs inassouvis en moi.

 

  VI

 

 Vaisseaux des ports, steamers à l’ancre, j’ai compris
Le cri plaintif de vos sirènes dans les rades.
Sur votre proue et dans mes yeux il est écrit
Que l’ennui restera notre vieux camarade.

Vous le porterez loin sous de plus beaux soleils
Et vous le bercerez de l’équateur au pôle.
Il sera près de moi, toujours. Dès mon réveil,
Je sentirai peser sa main sur mon épaule.

 

Assis à votre bord, éternel passager,

Il se réfléchira sur les mers transparentes,
Dans le déroulement d’une fumée errante,
Parmi les pavillons et les oiseaux légers,
L’ennui, seul confident de nos âmes parentes.

 

 

 VII

 

 Le vent de l’océan siffle à travers les portes
Et secoue au jardin les arbres effeuillés.
La voix qui vient des mers lointaines est plus forte
Que le bruit de mon cœur qui s’attarde à veiller.
Ô souffle large dont s’emplissent les voilures,
Souffle humide d’embrun et brûlant de salure,
Ô souffle qui grandis et recourbes les flots
Et chasses la fumée, au loin, des paquebots !

Tu disperses aussi mes secrètes pensées,
Et détournes mon cœur de ses douleurs passées.
L’imaginaire mal que je croyais en moi
N’ose plus s’avouer auprès de ce vent froid
Qui creuse dans la mer et tourmente les bois.

 

 VIII

 

 Toi qui te connais mal et que les autres n’aiment
Qu’en de vains ornements qui ne sont pas toi-même,
Afin que ta beauté natale ne se fane,
Mon âme, pare-toi comme une courtisane.

Lorsque reviendra l’ombre et que tu seras nue,
Seule devant la nuit qui t’aura reconnue
Et loin de la cité dont la rumeur t’offense.
Tu te retrouveras pareille à ton enfance,

Mon âme, sœur des soirs, amante du silence.

 

IX

 

 Ô la pluie ! Ô le vent ! Ô les vieilles années !
Dernier baiser furtif d’une saison qui meurt
Et premiers feux de bois au fond des cheminées !
L’hiver est installé, sans sursis, dans mon cœur.

Vous voilà de retour, mes pâles bien-aimées.
Heures de solitude et de morne labeur,
Fidèles aux lueurs des lampes allumées
Parmi le calme oubli de l’humaine rumeur.

Un instant, j’ai pensé que la plus fière joie
Eût été de m’enfuir, comme un aigle s’éploie,
Au lointain rouge encore des soleils révolus.

Et j’enviais le sort des oiseaux de passage.
Mais mon âme s’apaise et redevient plus sage,
Songeant que votre amour ne me quittera plus.

 

X

 

 Mon désir a suivi la route des steamers
Qui labourent les flots d’une proue obstinée
Dans leur hâte d’atteindre à l’horizon des mers
Où ne persiste d’eux qu’une vaine fumée.

Longtemps il s’attarda, compagnon des voiliers
Indolents et déchus, qu’un souffle d’aventure
Ranime par instants en faisant osciller
Le fragile appareil de leur haute mâture.

Mais la nuit vient trop vite et ne me laisse plus,
Pour consoler encor mon âme à jamais lasse,
Que les cris de dispute et les chants éperdus
Des marins enivrés dans les auberges basses.

 

 XI

 

 

 Diane, Séléné, lune de beau métal,
Qui reflète vers nous, par ta face déserte,
Dans l’immortel ennui du calme sidéral,
Le regret d’un soleil dont nous pleurons la perte,

Ô lune, je t’en veux de ta limpidité
Injurieuse au trouble vain des pauvres âmes,
Et mon cœur, toujours las et toujours agité,
Aspire vers la paix de ta nocturne flamme.

 

XII

 

 Novembres pluvieux, tristes au bord des fleuves
Qui ne reflètent plus le mirage mouvant
Des nuages au ciel, des arbres dans le vent,
Ni l’aveuglant soleil dont nos âmes sont veuves,

Faut-il que notre exil sous vos froides clartés
Ne conserve d’espoir que le peu que nous laisse
Le cri des trains de nuit qui sifflent leur détresse,
Quand les rêves sont morts dans les grandes cités ?

 

XIII

 

 La Mer est infinie et mes rêves sont fous.
La mer chante au soleil en battant les falaises
Et mes rêves légers ne se sentent plus d’aise
De danser sur la mer comme des oiseaux soûls.

Le vaste mouvement des vagues les emporte,
La brise les agite et les roule en ses plis ;
Jouant dans le sillage, ils feront une escorte
Aux vaisseaux que mon cœur dans leur fuite a suivis.

Ivres d’air et de sel et brûlés par l’écume
De la mer qui console et qui lave des pleurs
Ils connaîtront le large et sa bonne amertume ;
Les goélands perdus les prendront pour des leurs.

 

XIV

 

Je me suis embarqué sur un vaisseau qui danse
Et roule bord sur bord et tangue et se balance.
Mes pieds ont oublié la terre et ses chemins ;
Les vagues souples m’ont appris d’autres cadences
Plus belles que le rythme las des chants humains.

À vivre parmi vous, hélas ! avais-je une âme ?
Mes frères, j’ai souffert sur tous vos continents.
Je ne veux que la mer, je ne veux que le vent
Pour me bercer, comme un enfant, au creux des lames.

Hors du port qui n’est plus qu’une image effacée,
Les larmes du départ ne brûlent plus mes yeux.
Je ne me souviens pas de mes derniers adieux...
Ô ma peine, ma peine, où vous ai-je laissée?

Voilà ! Je suis parti plus loin que les Antilles,
Vers des pays nouveaux, lumineux et subtils.
Je n’emporte avec moi, pour toute pacotille,
Que mon cœur... Mais les sauvages, en voudront-ils ?

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La Bribri 11/11/2018 22:09

J ai relu ce long mais très beau texte ! Et réécouté cette magnifique chanson , et j’ai feuilleté ton blog que je ne n’ avais pas regardé depuis longtemps ! Avec des envies de nouvelles pages pourquoi pas l’ idée fait son chemin .... ????

Gérard 11/11/2018 22:50

Oui il faut que je re "scrap"

Chantal 21/05/2016 20:07

Magnifique !!! grand bravo !!!

Claudine 18/05/2016 20:22

Sur l'horizon chimérique ta belle voix grave m'a fasciné mon frère (Eric) .... très belle diction serais tu un conteur qui s'ignore...bravo!

Marlène 19/04/2016 15:14

bravo comme toujours ,j'aime et quel travail !!!!

vero finistère 21/02/2016 20:26

Une magnifique réalisation que cette page , on y percoit tant de sentiments .... de subtilites, vous avez su les transmettre , et les partager , Un Travail artistique incroyable .
On le vit , on le ressent ..... La magie de ces instants opère
Je ne veux que la Mer , je ne veux que le vent ....... Ca me parle " Forcément " !!!
Bravo à vous ! merci de nous bercer dans cet Océan . Félicitations du bout du monde!

Martine 17/02/2016 21:28

C'est encore une très belle réalisation, traitée de façon inhabituelle et tout aussi intéressante, bravo Gérard et proches. Chapeau au beau-frère pour la qualité de sa lecture, ce n'est pas donné à tout le monde d'en faire autant. Une première écoute qui en appellera forcément d'autres pour capter toutes les subtilités de ce texte superbe ! J'aime beaucoup. Merci !

GOUX 17/02/2016 18:36

J'ai pris le temps de bien lire et c'est tres beau tres touchant....Félicitatiopns Gérard....

MALLET Martine 17/02/2016 16:32

Quel magnifique voyage tu nous offre Gérard. Merci à toi, Muriel et Éric (sacré récitant) pour ce magnifique travail. Bravo vous avez tous les 3 beaucoup de talent.

AUGUST Martine 17/02/2016 12:40

Magnifique, comme toujours.
Très beau travail.
J'aime beaucoup.
Merci beaucoup de nous faire partager tous tes jolis scraps.

Tartempion. 17/02/2016 11:24

Certainement un de tes plus beaux scrap. Et sans doute le plus difficile a monter. Culture et musique réunies. Une pyrogravure de toute beauté ! Une lecture magnifique (hi..hi..) J'aime beaucoup la reprise de la musique a la fin du poème pour finir en beauté.

lafille de la véranda 17/02/2016 09:27

super beau !! ce si grand poeme m' a donné la chair de poule à l ' écouter !! et le dernier paragraphe ( chanson de Julien m' a redonné l ' envie de l' écouter cela faisait un moment !!ta page faite avec Muriel est comme d' hab un travail de fou !! merci mon GG gros bisous a vous 2 et merci au tonton très belle lecture !

Marie-France 16/02/2016 22:06

Très beau travail tous les trois. Je suis épatée, comme toujours.

Oillic Pascale 16/02/2016 20:56

Bravo Gérard, comme d'hab, c'est super.... Beau travail , Biz

Domi 16/02/2016 19:19

Bravo ! on écoute, on lit, on s'instruit et on en prend plein la vue et que d'émotions !

ZAZ 16/02/2016 19:15

Un travail d'artiste !!!
Pour nous faire (re)découvrir ce superbe poème et l'interprétation exceptionnelle de Julien...
Une illustration sublime !!
J'ADORE !!...BRAVO ET MERCI.....continue à nous enchanter de cette manière...un vrai régal !!

Clo 16/02/2016 19:11

Très beau travail ! Bravo à vous trois

Julia 16/02/2016 18:51

Magnifique !J'aime e beaucoup ta page, la pyrogravure de Maman et la lecture d'Eric! Super rendu ! Bravo à vous 3!

Marie Adam 16/02/2016 18:45

Merci GG! Belle surprise! Remarquable poème que cet "Horizon chimérique"! Il prend aux tripes et malgré sa longueur, on se sent démuni lorsqu'on arrive à la fin! Chapeau à ton beau-frère qui le dit avec émotion et sensibilité...A lire et écouter plus d'une fois pour s'imprégner de toutes les subtilités...Bravo et encore merci! :-)

Anny 16/02/2016 18:37

Félicitations, ta recherche et ton travail mérite une médaille ainsi que Muriel.....J'ai découvert cette chanson et surtout le poème Bravo à ton beau-frère mais surtout à toi pour ta patience au montage.
Un grand merci...j'espère que tu auras beaucoup de visiteurs....

carole 16/02/2016 18:35

très beau travail et émouvant j aime

Nadine D 16/02/2016 18:16

Encore un merveilleux travail,Gérard .Merci à Murielle et ton beau-frère,cela nous met déjà dans l'ambiance pour septembre!!!!Tout grand merci